samedi 31 août 2013

Sur le Bel Espoir

Voici quelques photos prises lors de ma croisière sur le Bel Espoir, bateau de l'association du Père Michel Jaouen, du 19 au 28 août 2013, de l'Aber Wrac'h à la Cornouailles (Cornwall) en passant par les îles Scilly.

Les participants peuvent me contacter par mail pour avoir l'intégralité des photos mises sur Picasa en mode privé.
To the Cornish friends who have visited us at Fowey, you can contact me to have the photos : mireille.leliboux@gmail.com

Association Bel espoir : http://www.belespoir.com/


Embarquement à l'Aber Wrac'h



En route vers les Scilly, au moteur !

Ma bannette


Ste Mary

Ste Agnes



Fructueuse pêche, maquereaux en abondance ainsi que des crevettes



St Nicholas church sur St Agnes


Cap Lizard

Helford River














Fabrication du pain


Fowey 



Déblocage du hunier

Visites à bord

Départ 



Adieux 

Route Bretagne












Aber Wrac'h

Retrouvailles avec le Rara Avis

Les deux bateaux à couple

Pour ce qui est de l'écriture, je pense à un polar mais n'en ayant jamais écrit, je suis preneuse d'idées, d'aide, de conseils...

mardi 6 août 2013

Montaigne et la pleine conscience

La "pleine conscience", traduction de "mindfullness" est une méthode de méditations mise au point par le médecin américain John Kabat-Zinn et développée en France par l'ADM, "association pour le développement de la mindfullness", seule organisation agréé : http://www.association-mindfulness.org/index.php

Thich Nath Hanh, maître zen vietnamien résidant au centre bouddhique du Village des Pruniers en Dordogne, développe aussi la méditation qui rend heureux. Le miracle, c'est vivre au présent, complètement présent à soi-même dans chaque geste accompli :

"Lorsque vous faites la vaisselle, cela doit devenir la chose la plus importante de votre vie. Lorsque vous buvez du thé, faites-en la chose essentielle de votre vie. Même aller aux toilettes devient la chose primordiale de votre vie. " écrit-il dans Le Miracle de la pleine conscience.

Montaigne ne méditait pas assis en lotus sur un zafu mais plutôt assis sur la selle de son cheval ou dans sa bibliothèque, n'avait pas lu les maîtres bouddhistes mais plutôt les philosophes grecs, pourtant il prône la même pleine conscience dans la vie et même sur le "trône" :

"Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps : quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi."

"Esope ce grand homme vit son maître qui pissait en se promenant; Quoi donc, fit-il, nous faudra-t-il chier en courant ? Ménageons le temps, encore nous en reste-t-il beaucoup d'oisif, et mal employé." Cité par Antoine Compagnon, Un été avec Montaigne.


lundi 22 juillet 2013

Lecture de "Terminus Pondichéry" d'Hubert Huertas



J’aime bien que les livres viennent à ma rencontre. Profitant de la chaleur inespérée de cet été breton, je déambule entre les rayons de la médiathèque de Larmor et me laisse guider par le hasard. Le nom de Pondichéry dans le titre attire mon regard, forcément, et le nom de l’auteur ne m’est pas inconnu : Hubert Huertas. Je sais que je l’ai déjà entendu à la radio à l’heure du petit-déj., pour des chroniques spicy, des trucs qui réveillent.*

Pondi, j’y suis allée trois fois, la première parce que mon fils s’y est marié, au consulat, avec une Parisienne tamoule d’origine pondichérienne ;


 la troisième cet hiver 2013, j’y ai séjourné dix jours avant d’aller au Kerala. J’ai arpenté la ville à pied dans tous les sens, du sud au nord et d’est en ouest, de la cathédrale à la mosquée, de l’ashram Aurobindo au temple de Ganesh, surtout le vendredi soir quand l’éléphante Lakshmi donne sa bénédiction. 


C’est dire si je connaissais le décor du roman qui met en scène des personnages avant et après la transmission de Pondichéry à l’Inde, des années cinquante aux années soixante. Les lieux sont décrits avec une exactitude telle que je me suis revue marchant le long du front de mer ou m’asseyant au frais près de la tombe fleurie de l’ashram avant d’aller dire bonjour à Ganesh, le dieu des poètes. J’étais là-bas en lisant ce roman dans la chaleur de l’été, avec Nanda l’intouchable, qui attend dans son cyclopousse au pied de la statue de Ghandi, 


qui transporte les malades à l’hôpital, les deux médecins, le Français et le Tamoul, leur femme et leurs enfants et qui devient le fil conducteur entre les personnages. Nanda qui apprend à lire et à écrire, qui pense pouvoir sortir de sa caste entre la France prônant l’égalité, du moins le croit-il, et l’Inde moderne qui se voulait progressiste, en théorie. Nanda le témoin et l’acteur d’amours croisées et interdites, entre « blancs » et « noirs », entre riches et pauvres.

Le roman est construit comme un thriller qu’on ne lâche pas mais surtout à travers les destins des personnages, on découvre comment les habitants de Pondichéry ont dû choisir « l’Option » comme on joue sa vie aux dés, la France ou l’Inde, « un séisme humain » comme le dit l’auteur. J’ai enfin compris pourquoi la mère de ma belle-fille, qui vit en Inde une bonne partie de l’année (après avoir passé trente ans à Paris, son mari ayant travaillé à la SNCF), n’a pas la double nationalité : cette option-là n’a pas été offerte. Elle est donc française avec visa indien permanent. Ce que je sais aussi pour avoir lu un reportage dans Le Monde, c’est que les Français tamouls restés à Pondichéry, sont complètement abandonnés de la France, et finissent tristement leur vie dans la misère.

Le plaisir que j’ai pris à lire ce roman d’Hubert Huertas, c’est aussi le style, une écriture comme j’aime, nerveuse, qui ne mâche pas ses mots, c’est aussi une plongée dans le monde des années soixante avec l’apparition des Beatles, par exemple, souvenirs, souvenirs…



Extrait : (1960)



Pondichéry, le monde s’en foutait pas mal. C’était trop minuscule. La France était happée par la guerre d’Algérie, devenue l’emblème de la révolte universelle. Cette guerre avait commencé le 1er novembre 1954, le jour où les derniers comptoirs avaient été rendus. Elle finirait avec l’Option, ouverture des dossiers le 26 août 1962, fermeture le 15 février 1963. Personne ne se souciait de cet anachronisme, ni à Paris, ni à Delhi, ni à l’ONU. Les crispations locales ne pesaient rien face aux convulsions d’Alger, le putsch, le quarteron de généraux félons, le général de Gaulle, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Yves Montand, Simone Signoret, Paris, Moscou, les pays émergents…





Terminus Pondichéry. Hubert Huertas. Presses de la cité, production Jeannine Balland, 2006.



* Sur France-Culture et France Musique vers 8h05

samedi 20 juillet 2013

Bienvenue à Kahel, nouvelle revue de littérature de voyage

Je tiens à saluer la naissance de la revue Kahel, à l'initiative de Karim Cornali, poète et voyageur. Il souhaite ainsi combler un manque : une littérature de voyage qui aille plus loin que le simple compte-rendu, qui transmette une vision poétique du monde.



Extrait de l'éditorial du numéro 1 : « Kahel est une revue qui recherche des auteurs dont la qualité du style ne se trouve pas dans la plupart des revues et magazines orientés voyage et aventure de la grande distribution… […] Je fais appel aux voyageurs au long cours et aux promeneurs du dimanche, à ceux dont l’âme, en perpétuel mouvement, nous délivre un regard unique sur le monde, … »
On peut lire le texte entier sur le blog de la revue :  http://kahelrevue.overblog.com/ (voir aussi dans les liens sur ce blog)
Pour en savoir plus sur le revuïste, voir son blog perso :  http://kahelrevue.overblog.com/



 

samedi 18 mai 2013

"Quitter le monde" de Douglas Kennedy

C'est le premier livre de Douglas Kennedy que je lis et quelle découverte ! Un choc littéraire, philosophique, émotionnel, tel que je n'en avais pas eu depuis longtemps. Du haut niveau littéraire et une sensibilité extrême : on se dit que l'auteur a dû vivre certaines de ces douleurs émotionnelles. D'autant plus bouleversant qu'on s'y reconnaît forcément d'une manière ou d'une autre. Le livre se termine en thriller haletant, l'auteur mêle les genres... 
Il y est question de littérature, de musique, des milieux financiers, de la misère,... je n'en dirai pas plus, on peut trouver des commentaires partout et l'auteur a un site en français.

Ayant eu l'occasion d'évoquer récemment la discussion entre Einstein et Niels Bohr sur la notion de hasard, j'ai trouvé étrange la coïncidence : le livre s'ouvre sur cette discussion, et se clôt sur elle, la physique quantique et l'éternel débat sur cette notion de hasard étant le fil conducteur du roman, et de nos vies, selon Douglas Kennedy, sentiment que je partage complètement (le mot "hasard" vient de l'arabe et désignait le jeu de dés, j'ai déjà mis un texte sur ce blog en citant Mahmoud Darwich). Cette notion de physique est désignée ici par l'expression "principe d'incertitude".
Extraits :

"Comme j'en avais oublié les détails, j'ai entrepris de naviguer sur Google - à quatre heures du matin - pour me rafraîchir la mémoire. j'ai trouvé la définition suivante : "En physique des particules, le principe d'incertitude ou d'indétermination stipule qu'il est impossible de connaître simultanément la position et l'énergie d'une particule, car le seul fait de les mesurer modifie le système donné." Très théorique tout ça... Un peu plus tard, j'ai découvert qu'Einstein détestait ce présupposé, affirmant au contraire que "nous pouvons connaître la position d'une particule grâce à toutes ses caractéristiques, et à partir de là prévoir où elle va aller". De manière assez péremptoire, il a aussi affirmé que le principe d'Heisenberg allait à l'encontre d'un certain empirisme divin en proclamant qu'il ne "pouvait pas croire que Dieu aurait joué aux dés avec l'univers".
Heisenberg et son collaborateur danois, Niels Bohr, le père de la physique quantique, avaient répliqué à Einstein qu'il était "impossible de déterminer où une particule en mouvement reçoit ses caractéristiques, et donc de prévoir où elle va aller". Sarcastique, Bohr avait répondu : "Ne dites pas à Dieu ce qu'il a à faire, Einstein !"
Ceci est dit en ouverture du roman, page 18, par le personnage principal, Jane, docteure en littérature et est repris par le même personnage en dernière page (p.492) en citant à nouveau Heisenberg : "Le ciel est bleu et les oiseaux y volent", la poétique du monde étant ainsi vécue comme une rédemption par la narratrice, et donc par l'auteur, cela semble évident.

mardi 7 mai 2013

A Alain Jégou, in memorian

Un ami poète, Alain Jégou nous a quittés. Il restera toujours présent dans mon coeur par sa poésie et sa sensibilité. Je lui dois les pages suivantes publiées en 2009 dans L'Empreinte des cygnes :


"Je viens de lire un poète d’ici, de la région lorientaise. Alain Jégou, poète et marin-pêcheur. La Bretagne est riche en fortes personnalités, rebelles et créatives. J’ai lu son « carnet de bord », qui porte le nom de son bateau Ikaria LO686070. Ces courts textes en prose poétique, simple et forte m’ont rappelé les navigations que j’ai faites en Bretagne et en mer Celtique, entre l’Irlande et les îles Scilly.

En voici un extrait :



Korn Loc’h

Les ciels chaque jour diffèrent, mais demeurent toujours imperturbables, impitoyables, indifférents à tout ce qui peut salement vous fendre l’émotion, à tout événement tragique survenant en l’espace rase-mottes qu’ils dominent de leur glaciale arrogance. Sur mer, plus encore que sur terre où certains obstacles naturels leur patafiolent le masque, ils imposent leur loi et détiennent tous pouvoirs sur les éléments qu’ils manipulent et font déchaîner à leur guise.



Assise sur un rocher, au ras des vagues, j’ai laissé émerger, en résonance, les deux textes suivants :




Lire les mots

suivre la trace

dans les turbulences ouatées

calligraphies de la nuit

encre de Chine

nuit jazzy



suivre la trace

approfondir le rêve

fuir la médiocrité

vie de terrien



vent de nordet

dans les Coureaux

filet à l’eau

mains glacées

engelures

sur le pont frétillements

dans quelques heures la criée



vent de suroît

houle traversière,

le bateau se déhanche

gonzesse

rêve

le cœur à la lame

trop amoureuse

épousailles marines



dans le sillage

filet à l’eau

fil invisible

cap vers l’errance

chercher le fil de la vie

tisser les mots

journal de bord

suivre la trace.



*




Mots enfouis dans les grands fonds

les chercher un à un

souffle à souffle

les sortir de la nuit marine

cailloux informes à fracasser.

les mettre au soleil

encore luisants

casser la gangue

s’immiscer dans la fêlure

et regarder tout étonné.



certains vont s’éteindre au soleil

fleurs desséchées

d’autres s’épanouir

étoiles de mer



que faire

de ces mots hétéroclites

fragments inaudibles

les assembler

trouver les intervalles

les tricoter

maille après maille

comme un cap-hornier.



continuer

espérer

jour après jour

souffle après souffle

enfin remonter

dans le trémail

la perle d’espoir."



Mireille Le Liboux. L’empreinte des cygnes. Chemins bleus, 2009.