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jeudi 11 juin 2015

Littérature et voyage

J'ai rédigé un dossier pour le compte de l'association des écrivains bretons sur le thème littérature et voyage, en lien avec la Bretagne.
On y trouve Victor Segalen, Kenneth White, Jean-Luc Coatalem, Irène Frain, ainsi que Khamu Ram Bishnoï, venu à Languidic.

C'est à lire sur le site : http://www.ecrivainsbretons.org/newsletter.html

mardi 11 novembre 2014

Le goût de l'Islande

Jeudi 21 août, nous quittons le charmant cottage de Siglufjördur sous un beau soleil. Il fait 7 ° mais l'absence de vent ne donne pas l'impression de froid. 
Nous prenons la route côtière 76 vers Hafsos, notre prochaine et bientôt dernière étape étant l'hôtel Finna d'Holmavik.

Ce pays est un poème permanent : reflets dans l'eau des fjords des montagnes, des falaises, des quelques nuages qui animent le bleu profond du ciel.

Vers midi, nous prenons la piste que fait le tour de la presqu'île de Hrammstangi sur la péninsule de Vatness. Cet endroit est célèbre pour les phoques que l'on peut observer à la jumelle

 
ainsi que le rocher-troll- dinosaure (voir l'article sur les trolls en tous genres) au cap de Hvitserkur.

 
 Puis nous reprenons la route vers Holmavik.
J'ai observé quelque chose de curieux en Islande : dès qu'on a un monticule quelconque, des cailloux ont été mis au sommet, si bien que partout les mamelons rocheux figurent des seins. Pays matriciel.



Evidemment, cela m'évoque les collines de Fairlie en Ecosse dont parle Kenneth White et qui pour lui sont à l'origine de la géopoétique. 
J'avais écrit un petit poème fantaisiste à propos de Coonor dans les montagnes Nilgiri en Inde du sud, on peut aussi l'appliquer ici :


Montagnes et mamelons

D’un bout à l’autre de la planète
dès qu’une montagne est arrondie
les hommes ne peuvent s’empêcher
d’y voir le souvenir d’un sein
l’image d’un mamelon
en Europe, en Afrique, en Ecosse
où le poète adolescent
Kenneth White suçait la poésie
aux mamelons de Fairlie
et même dans l’Inde pudique
où depuis Coonor dans les Nilgiri
ces deux montagnes au loin
ont pour nom
Lady sleeping.

 

Arrêt à la station-service de Blondus et à sa cafétéria. Nous entendons parler français, ce sont des Suisses. La mère, son fils et sa belle-fille. La mère travaille dans la finance.Vous êtes français ? Et la voilà partie sur une diatribe contre le système français, les 35 heures, la retraite, etc. Nous restons cois puis : "Bon, on y va...".  Est-ce typiquement suisse ? Nous, on n'a rien dit sur les Suisses... 
 
Arrivée au Finna Hôtel d'Holmavik en soirée, c'est le même concept que les maisons d'hôte en un peu plus cher : salles de bains et cuisine communes.

vendredi 7 mars 2014

Petite introduction à la géopoétique

"Pas titubants dans la maison des danses" est le titre d'un article très documenté et passionnant de Lionel Seppoloni sur le site de l'Atelier géopoétique du Rhône.

En voici le début : 


« Je suis allé sur la glace de la mer…
Émerveillé, j’ai entendu le chant de la mer
Et le gémissement des glaces récentes.
Va, va.
Un esprit puissant apporte
La santé dans la maison des danses. »

Chant inuit. [1]



« Il fut un temps où quelques mots simples
auraient suffi à dire cela… »

Philippe Jaccottet, À travers un verger.



Au contact de certains poèmes archaïques sortis de leur contexte primitif, il n’est pas impossible que le lecteur d’aujourd’hui soit saisi par une certaine force anonyme, une densité, une transparence, une évidence du rapport au monde transmises dans toute leur blancheur par des mots sans détours (c’est peut-être cela qui étonne le plus : cette absence de détours…). Quelle ampleur, soudain ! Un souffle passe à travers ces poèmes, qu’on a senti aussi en découvrant cet art des grottes qui a tant bouleversé les peintres du XXe siècle… Mais dans le contexte culturel qui est le nôtre, ce souffle-là, sitôt senti, semble lointain, inaccessible, déplacé, et on ne peut s’empêcher de se dire (avec peut-être un rien de regret) que la poésie contemporaine a bien du mal à l’exprimer.

La suite sur le site :
http://geopoetiquedurhone.org/index.php?page=pas-titubants-dans-la-maison-des-danses

mercredi 18 décembre 2013

Voyage par vent d'hiver dans "Le monde ouvert" de Kenneth White

Un bon coup de vent d'ouest aujourd'hui balaie la côte en tourbillons de pluie. Les dernières feuilles jaunies s'arrachent des branches balancées en sarabandes. L'espace se nettoie, le monde de l'esprit s'ouvre à la danse des éléments. Derrière la fenêtre, le monde se déploie même si un nouveau bâtiment en construction me cache l'île de Groix. 
C'est la bonne saison pour revenir aux poèmes. 
J'ai ressorti de l'étagère consacrée à Kenneth White son anthologie personnelle, intitulée Un monde ouvert. Je m'y promène erratiquement, cueillant ici ou là quelques mots ou pensées sauvages pour en faire un bouquet en un poème recomposé.
 Que Kenneth me pardonne ce (gra)pillage !

***

J'ai mis les livres de côté
et je vois les dernières pommes
tomber des arbres gelés
...
et mon cœur nu 
et ma cervelle ouverte au vent

*
la force personnelle peut faire des prodiges
sans elle le talent n'est rien
augmente ta vie
trempe-toi le caractère
et tire profit à plein de cet hiver.

*
Forme brute, fissurée, ce quartz
né du chaos, lavé, rejeté par le flux et 
dans l'espace clément contemplé.

*
 Propriétaire je suis moi aussi
j'ai douze arpents de silence blanc
tout au fond de mon cerveau. 

*
blancheur brumeuse dans l'air
l'âme de l'hiver éclate
et une étoile bleue hurle haut dans le ciel
...
la réalité s'ouvre
incandescente.

*

Matin de neige à Montréal

Certains poèmes n'ont pas de titre
ce titre n'a pas de poème

tout est là, dehors.

*

la beauté est là  
                        elle émerge
                incompréhensible
                                     inexplicable
     elle surgit unique et nue -
à nous d'apprendre
                       à l'accueillir
                  en nous

...

et celui-là qui connaît parfaitement
                 un seul rocher
          dans son être dense 
                            et son rapport 
                avec mer et ciel
     a sans doute parole plus vraie
                           pour les frères humains
que cet autre qui ne cesse
                 de vivre et de pourrir
          dans l'entassement des cités
                                    qui ne disent rien
                                de la vie

*

la violence de la poésie
                 est calme et silencieuse
                                   et pénètre loin -
         jusqu'à l'os
                       jusqu'au blanc 

*

Éloge du corbeau

tous les oiseaux parlent
la langue de l'aurore
dans des dialectes divers.

*

Je suis venu sous les arbres
leur faire l'amour avec mes mains muettes

car la beauté se laisse au moins caresser par les sens
j'ai suivi des doigts le noir sur le blanc
comme un poème inachevé -

sans cesse interrompu, sans cesse recommencé.

***

Kenneth White. Un monde ouvert. Anthologie personnelle.
Poésie / Gallimard, 2007.
Tous les textes sont donnés en traduction de l'anglais.










dimanche 24 novembre 2013

Errance, photographie, poésie...



Trouver le lieu et la formule.



Cette formule de Rimbaud continue de hanter l’esprit de poètes, de photographes, de géographes,… tous obsédés par l’écriture des lignes du monde, pas après pas, signe après signe. Je risque ici quelques rapprochements.



Arthur Rimbaud

Texte des Illuminations inspiré par le vagabondage avec Verlaine.



Vagabonds



Pitoyable frère ! Que d'atroces veillées je lui dus ! "Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m'étais joué de son infirmité. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage." Il me supposait un guignon et une innocence très-bizarres, et il ajoutait des raisons inquiétantes.

Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. Je créais, par delà la campagne traversée par des bandes de musique rare, les fantômes du futur luxe nocturne.

Après cette distraction vaguement hygiénique, je m'étendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussitôt endormi, le pauvre frère se levait, la bouche pourrie, les yeux arrachés, — tel qu'il se rêvait — et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot.

J'avais en effet, en toute sincérité d'esprit, pris l'engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil, — et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule.



*



Cette quête rimbaldienne est aussi celle de Kenneth White, le penseur-poète, auteur de L’Esprit nomade, qui consacre sa vie à sortir des autoroutes de la pensée en développant l’archipel de géopoétique.



Voici ce qu’on peut lire sur la page d’accueil de son site :



Quant au mot « poétique », je ne l’utilise pas dans le sens académique de «théorie de la poésie». Il n’est question ici ni de poésie dans le sens traditionnel (poésie pure, poésie personnelle, etc.), encore moins dans le sens dégradé (fantaisies filmiques, lyrisme de la chansonnette, etc.) qui a cours en général. Passons vite sur cette pauvre sociologie, et pensons, par exemple, à l’« intelligence poétique » (nous poetikos) d’Aristote.

Par « poétique », j'entends une dynamique fondamentale de la pensée. C'est ainsi qu'il peut y avoir à mon sens, non seulement une poétique de la littérature, mais une poétique de la philosophie, une poétique des sciences et, éventuellement, pourquoi pas, une poétique de la politique.[… ]



La géopoétique, basée sur la trilogie eros, logos et cosmos, crée une cohérence générale – c’est cela que j’appelle «un monde».

Un monde, bien compris, émerge du contact entre l’esprit et la Terre. Quand le contact est sensible, intelligent, subtil, on a un monde au sens plein de ce mot, quand le contact est stupide et brutal, on n’a plus de monde, plus de culture, seulement, et de plus en plus, une accumulation d’immonde.




*



Le photographe Raymond Depardon parle aussi de cette quête du lieu dans l’errance.



Le géographe Michel Lussalt le souligne dans un entretien :



Raymond Depardon a l’œil géographique depuis longtemps, et en particulier dans ce dernier travail sur la France.



Le lieu est ce je-ne-sais-quoi qui émerge d’un territoire et constitue un abri pour l’expérience humaine – abri ne désignant pas forcément maison, cabane, résidence… Un lieu, c’est quelque chose de petit, de relativement circonscrit, qui nous arrête et nous provoque. le Lieu, c’est quand on peut se dire : « là », « c’est là », je suis là », voire »on est bien, là ! ».

La France de Raymond Depardon. Exposition à la BNF. Télérama Horizons 2001.



*



Errance. Raymond Depardon. Edition Points Seuil 2003. © Seuil 2000.



Un mot revenait toujours dans la conversation, c’était le mot errance. Mais comment photographier cette errance et d’abord qu’est-ce que cela voulait dire ? (P.8)



Un jour, je reçois par télécopie un étrange texte qui va finir par me rassurer. Il est signé de monsieur Alexandre Laumonier : « Errance ou la pensée du milieu »

« L’errance, terme à la fois explicite et vague, est d’ordinaire associée au mouvement, et singulièrement à la marche, à l’idée d’égarement, à la perte de soi-même. Pourtant, le problème principal de l’errance n’est rien d’autre que celui du lieu acceptable. »

C’était la première fois que je voyais cette définition écrite. C’étaient enfin les mots que je cherchais.

« L’errant en quête du lieu acceptable se situe dans un espace très particulier, l’espace intermédiaire. Á l’espace intermédiaire correspond en fait un temps intermédiaire, une temporalité que l’on pourrait qualifier de flottante. […]

Le texte continuait :

« Car l’errance n’est ni le voyage ni la promenade, etc. mais bien : Qu’est-ce que je fais là ? » (Pp 12-13)



J’ai le pressentiment que quelque chose ne sera plus comme avant. C’est peut-être là la vraie définition de l’errance, de sa quête, avec sa solitude et sa peur. C’est le désir que je cherchais, la pureté, la remise en cause, pour aller plus loin, au centre des choses, pour faire le vide autour de moi. Je me dois de me laver la tête… pour rencontrer le centre d’une nouvelle image, ni trop humaine, ni trop contemplative, où le moi est aspiré par les lieux quand le lieu n’est pas spectacle, ni surtout obstacle. Il me faut vivre cette quête qui est la mienne… Elle arrive à un moment, ni bon, ni mauvais, elle est nécessaire… Pour être juste, cette errance est forcément initiatique… mon regard va changer… Cette quête devient la quête du moi acceptable. (P. 14)



Le réel pour un photographe est un compagnon. Parce qu’un photographe est forcément confronté au réel : l’imaginaire est assez complexe à photographier. Á part dans le cas d’une photo complétement truquée techniquement, on est dans le réel. J’ai besoin du réel parce que je pense que c’est une forme qui oblige, qui me confronte, qui me dérange, qui m’emporte, qui me dérive, qui me kidnappe peut-être et qui change un peu les idées préconçues que je peux avoir, que je peux me fabriquer en tant qu’individu. (P. 68)



Á travers l’errance, j’ai fait un voyage en moi-même (P.118)



[…] tout le monde peut se lancer dans une errance et elle sera la sienne, elle ne ressemblera à aucune autre. C’est la revendication de l’identité du regard, du photographe, de l’être humain, de la personnalité. On peut avoir une sensibilité différente, des attirances pour des lieux autres. Ce qui est intéressant et ce qui montre le côté ouvert et libre de l’errance, c’est cette quête de soi-même. Parfois, il faut rester plus modeste, plus humble, ne pas avoir la prétention de vouloir changer le monde avec ses images, mais rester à sa place, tendre la main, partager la route, rapprocher les gens. Mais sans dogmatisme, sans message, sans ethnocentrisme, c’est-à-dire sans domination de l’un sur l’autre, sans donner de leçons, sans faire de paternalisme. (P.138)



*

Et n’oublions pas, comme le souligne Kenneth White dans Les affinités extrêmes, que si Rimbaud a cessé d’écrire de la poésie, il a écrit des articles géographiques lors de ses errances en Abyssinie…

*

Exposition de Raymond Depardon Un moment si doux du 17 novembre 2013 au 10 février 2014, au Grand Palais, Paris.




vendredi 7 décembre 2012

Quelques clés pour mes titres

Voici une petite exégèse de ce qui a motivé le choix des titres de mes ouvrages.

L'Empreinte des cygnes a été motivé par la lecture de Les Cygnes sauvages de Kenneth White et L'Empire des signes de Roland Barthes. Ce livre est conçu comme un "livre du chemin" ou "waybook".

Rendez-vous à Skye, c'est bien sûr l'île de Skye où j'avais effectivement un rendez-vous avec un poète gaélique. J'ai aussi joué avec Lucy in the Sky with diamonds (lumière dans le ciel avec diamants), à la fois en parodiant le New Age, et plus sérieusement en utilisant le symbole du bouddhisme tantrique du diamant. J'ai emprunté (l'empreinte !) ceci encore à Kenneth White dans son recueil Terre de diamant. Il explique son titre en note, je ne résiste pas au plaisir de recopier sa conclusion :
"Enfin, s'il est bon d'avoir ces notions à l'esprit quand on parcourt le livre, il ne faut pas les avoir trop à l'esprit, et si je donne cette lecture "ésotérique" (initiatique) du titre, cela ne doit rien enlever à la sensation directe des réalités brutes rencontrées. Si tu t'attaches au phénomène (la terre), tu es dupe, si tu t'attaches au vide (le diamant), tu attrapes la maladie religieuse. Si tu t'attaches à la poésie, tu ne comprends rien, si tu t'attaches à la sagesse, elle se dessèche." (Publié dans "Les cahiers rouges", Grasset)

La Consolation des pierres : clin d’œil à Jean-Luc Coatalem (La Consolation des voyages), à Stieg Dagerman (Notre besoin de consolation est impossible à rassasier) et les pierres, la terre, les étoiles, sont vraiment consolantes en nous permettant de nous sentir relié à l'univers.

Au pays où les chats font du yoga est explicité par la photo de couverture, le chat en méditation dans la grande fresque sculptée de Mahabalipuram. Ce livre contient aussi un poème tantrique (union des forces masculines et féminines), récompensé d'un prix lors d'un concours des éditions du Bord du Lot.

Retour de Chandigarh. Impressions indiennes (en cours d'édition chez Edilivre). Le titre est explicité dans le prologue : référence à Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal et Chandigarh a vraiment été la dernière étape de mon voyage en Inde de 2012.



samedi 3 novembre 2012

Collage Ghislaine Lejard




Montagnes et mamelons

D’un bout à l’autre de la planète
dès qu’une montagne est arrondie
les hommes ne peuvent s’empêcher
d’y voir le souvenir d’un sein
l’image d’un mamelon
en Europe, en Afrique, en Ecosse
où le poète adolescent
Kenneth White suçait la poésie
aux mamelons de Fairlie
et même dans l’Inde pudique
où depuis Coonor dans les Nilgiri
ces deux montagnes au loin
ont pour nom
Lady sleeping.

Texte : Mireille Le Liboux